Six métamorphoses

rose

rose - kris lewis

 

Je suis la Résignée,

La Condamnée

A la Géhenne perpétuité

Je me love dans mon tourment

M’emmitoufle dans mon châtiment

 

Je suis la Disciplinée

Amaurose autocentrée

J’obscurcis les possibilités

Le regard fixe sur mes pas

Ni trop loin, Ni trop droit

 

Je suis la Sacrifiée

La Fataliste

Et l’Eplorée

Martyre à mon propre endroit

Mater dolorosa

 

Je suis Pietà civile

Niobé docile

Campée sur mon calvaire

Ma souffrance est statuaire

Mon apostasie volontaire

 

Je suis la Suppliciée,

Victime tragique

de ma tiédeur

Tépidité

Autodafé

 

Je suis le Crève-coeur,

La punition

La compassion

Le sacrifice

Mon armistice.

 

Je suis

La Désertion.

 

Au titre : Benjamin Britten et Ovide

 

 

 

 

 

Fire in the sky

enceinte-marshall-kilburn-partage

J’ai 8 ans, 9 peut-être

Je te dis « Moi aussi je veux apprendre à jouer de la guitare » en tripotant la sangle de ta Strato Sunburst

T’es plutôt ok avec l’idée, transmettre ta furie électrique en plus de ta génétique

Mais tu me préviens, ça fait mal aux doigts et il faut s’y tenir, l’apprentissage est quotidien, la maîtrise de longue haleine

C’est pas ton futur pipeau de la 6èmeJ et c’est pas demain que tu deviens Bonnie Raitt

Moi la seule Bonnie que je connaisse, c’est celle de Clyde,
Et c’est déjà pas mal je trouve à 8 ans

On va commencer facile, ma fille,
Avec le riff de Smoke on the water

Fire in the sky

Ça je connais, j’ai déjà vu l’album dans la collec’ de Papa
Lettrage façon tôle emboutie, reflet déformé de 5 gus aux cheveux longs,

Médiator en main, plectre vengeur prêt à dégainer le riff salvateur,
je suis les doigts de Papa, qui préchauffent sa Les Paul Custom noire de jais

Clic clac, l’interrupteur du Saint Marshall passe sur On
Nos jacks sont branchés,
Le pied sur la pédale,
Prêt à envoyer l’effet
Faut de la disto, bébé

0 3 5
0 3 6 5
0 3 5 3 0

Le son est doux et familier, rugueux et vaporeux,
Il m’évoque l’encens et l’Orient comme dans la chambre de tonton, resté adolescent

4 notes, mélodie en G,
Passées à la postérité,
3e et 4e cordes
le sol et le ré

3e et 5e cases,
mes doigts font mal
6e, 5e, glissées
je fais comme Papa,
Nos têtes vont de haut en bas,
Comme des petits chiens sur une plage arrière

Le Charleston, l’orgue, la batterie, la basse ne sont plus loin,
Ils se dessinent déjà à l’horizon
Persistances sonores fantômatiques
Climax ectoplasmique

Géographie des bruits,
Paysages Lo-Fi
Papa et moi survolons Montreux,
nous sommes le lac
nous sommes Le Feu.

.

Fire in the Sky

Désespérances mathématiques (les suites logiques)

Loui Jover - Tutt'Art@ (4)

Comment je saurais,

Si tu ne me redis pas maintes et maintes fois

Ton affection,

ton attachement,

les sentiments

 

Comment je devinerais,

Croix de bois, croix de fer,

Ton besoin,

ton envie,

l’impérieux appétit

 

Comment je croirais,

Saison après saison,

Notre corrélation,

notre amalgame,

le fil d’Ariane

 

Comment je l’éprouverais,

Ce calendrier,

Nos hivers,

nos noëls,

les chambres d’hôtels

 

Comment j’apprivoiserais,

Le Temps passé,

Les sillons plus marqués,

l’argent dans tes cheveux,

celui au coin de mes yeux

 

Comment je dompterais,

Les silences,

L’Absence,

Points de supension,

Respirations

 

Comment je revendiquerais

Notre causalité,

la cause et l’effet

De la connexité,

la réciprocité

 

Comment je calculerais,

Cruelle covariance,

produit de nos dimensions,

nos écarts conjoints et

nos espérances respectives.

 

Comment je le déduis tout ça,

Entre prémisses et conclusions,

Si tu ne me le démontres pas,

empreintes empiriques,

pas après pas.

 

.

Le fantôme de tes pas

 

Xmas, but smaller (The Leftovers)

a world of madness

Ça me manque.

Les repas smala à 20 autour de la table

Et encore tout le monde n’est pas là

Dans cette famille à rallonges

Prolo, où personne n’a fait Sciences Po

Et encore moins l’ENA

Ça piaille, ça gueule et ça rugit,

C’est vivant quoi.

 

Ça me manque

L’oncle aux propos un peu racistes que l’on ne relève plus

Parce qu’il vient de l’Est et que là-bas ils sont tous vaguement fachos,

Sans doute un truc dans l’eau

Et qu’au fond on sait bien que des potes arabes il en a plein

Des putes et des travelos aussi,

Ceux et celles qui atterrissent à 5h du mat’ dans sa boulangerie

Quartier de la Gare

Les naufragés de la nuit

Rimmel foireux et vapeurs d’alcool

Le 115 de la Croissanterie

A le regarder taffer 15 h par nuit

Enfin tu me diras 15 h c’est plus qu’une nuit

A enchaîner les bûches par milliers,

Glacées ou pralinées ?

Alors tu fermes les écoutilles de ton humanité,

Tu verrouilles les vannes de ta pensée,

Celles du débat méthodique

Toute polémique serait ici stérile

L’intelligence sociale précise le cahier des charges :

Pas de dispute à table, Au feu les plaidoyers.

 

Ça me manque

Les batailles pour ne pas avoir à s’asseoir à côté de Tonton Gérard

Celui qui est dingo, azimuté, c’était marqué sur le certificat de l’HP

A écouter ses délires désargentés, folie des grandeurs sous neuroleptiques

Antipsychotiques dits atypiques,

Dans une autre vie il fût Napoléon,

Remarque il s’y connaît en francs-maçons et en complots étatiques,

Sûrement 2 ou 3 trucs bons à grapiller

Dans cette logorrhée paranoïde erratique

Histoire de briller en société,

Désorganisation du sens et de la pensée

(Hautement systématisé).

 

Tu me manques, Toi

Emporté par une explosion cataclysmique

Catastrophe industrielle

Marqueur d’un instant T d’une ville traumatisée,

Militant tendre et bouillonnant

Mon précepteur sophiste d’une Gauche Eclairée

Tes Super 8 sur fond d’Internationale

Mes 8 ans crédules de lendemains chantants

 

Ça me manque

Les heures passées à enchaîner foiegrascrevettesetsaumonfumésurpaintoasté,

les rouges-blancs-rosés,

les panses pétées, les cerveaux embrumés,

Champagne-digeo-café

Himalaya de paquets,

Everest de papiers dorés

Oceans de bolducs défrisés

Tectonique des boîtes

Jungle de rubans défaits

Papillotes N-1 fossilisées

 

Ça me manque

Le film sur la Une en fin de journée,

Le soleil déjà couché,

Un truc sûrement 80’s multi-diffusé,

Les petits cousins écroulés sur le canapé,

Et l’oncle boulanger aussi, qui finit sa nuit

Un Vladimir Cosma en guise de berceuse,

Bémol majeur dans l’endurance du chef pâtissier

Notre Pierre Hermé désormais naufragé.

 

Puis comme l’exigent la Course du Monde,

Et la Courbe des Temps,

Nos Odyssées particulières ont suivi leurs cours,

Séparés, dispersés,

Souvent pour le meilleur,

Parfois pour le pire.

 

Ils me manquent, eux tous susmentionnés

Et ces Noëls en particulier,

Autant que je les ai détestés,

Cérémonials imposés,

Maintes fois renouvelés

Madeleine de Proust revisitée

Parfum : Nativité (crème au beurre).

 

Some say they’re goin’ to a place called Glory
And I ain’t saying it ain’t a fact
But I’ve heard that I’m on the road to Purgatory
And I don’t like the sound of that
I believe in love and I live my life accordingly
But I choose to Let the mystery be

 

Le Volcan

 
 

Le bouillonnement est d’abord interne, 

Contenu, maîtrisé,

[Du moins elle l’espère]

La montée prendra plus ou moins de temps 

Suivant le lieu, le moment, l’assaillant,

Son paysage personnel se durcira, 

Un Waterloo émotionnel,

Pupilles rétractées, 

Mâchoire devenue acier,

Maxillaires ferroalliées,

Une thermodynamique de survie.

Alchimiste apprentie,

Les choses deviennent autres,

S’inclinant devant sa Furie

Son horizon disparaît, 

Le champ de vision atomisé,

Vecteurs endogènes confirmés,

Elle ne sentira pas la course du sang 

Dans son lobe temporal,

La cavalcade de son coeur,

La puissance de ses poumons décuplée, 

Dans sa gorge,

Les décibels gagnés

Au-delà du raisonnable,

Sa tessiture pour armure,

Le cristal prêt à se fracasser

Contre la vague démesurée 

De la rage faite sienne

La sopraniste erratique,

Des océans de palpitations, 

Des millénaires de frustations,

Des tsunamis de non-dits.

Autorégression autocorrélée, 

Elle rendra les armes,

Les modèles statistiques

Démontrent sa vacuité.

Une Walkyrie enfantine,

A l’Ire dévastatrice,

Impératrice, 

Dominatrice.

 

 

Une journée avec… 

   

6h30 Le réveil sonne. Je me prépare toute seule mon double lungo, le premier. Ma Citiz® fait du bruit, j’essaie de ne pas réveiller mon boyfriend qui dort encore, lui.

7h30 Après 1 heure de yoga / relaxation /  zonage sur le web (actu / wordpress / instagram / sites dédiés au Dieu Consommation) / double lungo (la suite), j’envisage de commencer à me préparer pour le travail

8h35 J’enfourche mon vélo (je ne prends jamais la voiture en ville. Ni sur les routes, chemins ou autoroutes  d’ailleurs. Je ne fréquente que les parkings. Ou les déserts). La roue arrière est à intervalles réguliers voilée / dégonflée / crévée (comme sa propriétaire). J’attends patiemment au passage à niveau que le TER de 8h38 veuille bien libérer les voies. La SNCF fait chuter ma moyenne. Du coup, je  déteste la société nationale pendant 1 minute 30.

8h42 J’arrive à La Mine™, fraîche et la queue de cheval sautillante. Je défais ma queue de cheval (je n’ai plus 12 ans quoi) entre le garage à vélos et mon bureau (2 étages, 24 marches). Il est climatisé, ce dont je me félicite (je n’y suis pourtant pour rien)

8h44 Je croise V du service Santé, il me sourit avec beaucoup de dents, comme tous les jours depuis que j’ai failli le renverser avec mon vélo, évènement qualifié de « belle rencontre » par ma victime. Je prends une note mentale « les hommes sont dingues »

8h50 J’envisage de remettre à niveau mon taux de caféine, dangereusement bas. J’attrape une dosette Brazil, ma tasse, direction l’Espace de Convivialité et sa Senseo®. L’EDC c’est un peu mon QG. Je suis une habituée, tout le monde me connaît ici.

8h52 La clim est trop forte dans l’EDC et l’ambiance bocal renforce l’inconfort sonore, surajoutant aux conversations sans saveurs d’un lendemain de week-end (on est lundi souvent à La Mine™ ). Je quitte l’EDC (mais on se retrouvera)

9h15 M passe me voir dans mon bureau climatisé. J’aime bien M, il est intelligent (très) et rit à mes blagues. On se jette des regards et des sourires en coin en réunion quand un intervenant abuse de locutions latines obscures ou quand D explose toutes les statistiques relatives aux tics de langage. Après on débriefe dans mon bureau (la clim à fond, ça couvre nos chuchotements, D n’est peut être pas loin)

9h36 D passe la tête par l’entrebaîllement de la porte de mon bureau. Elle a son coupe-vent préféré (été-automne-hiver-printemps) . Elle veut me voir une minute, mais comme ses minutes à elle sont l’équivalent de la perpétuité, les promenades en moins, la torture en plus, je lui réponds que là je peux pas, j’ai dentiste, sans doute pour le 256ème fois de l’année. Ce qui me place au top du hit-parade de la patientèle imaginaire du non moins virtuel Dr T. Du coup, je suis obligée d’attraper l’air afféré mon sac, un stylo (pour le chèque, hé hé je suis maligne moi) et ma tasse de café (qui n’a à cet instant-là même pas la décence de ressembler à un mug de voyage, ce qui me donnerait un semblant de contenance pour gérer cette excuse avariée). La tasse à la main, je procède à un tour du pâté de bureaux, histoire de semer D la rabâcheuse. Je fais un arrêt dans le bureau de M pour temporiser (sa clim est en panne). Je compatis un instant puis le laisse à son triste sort parce que fenêtre ouverte, son bureau sent le poisson (il donne sur les cuisines de notre Restauration Collective™ ), bien qu’on soit toujours lundi

9h58 Il est temps que je consulte mes mails

9h59 Je résiste à la tentation de consulter mon site d’info préféré (il se reconnaîtra <3), il s’est peut être passé quelque chose d’intéressant quelque part dans le monde. Audience captive de milieu de matinée, Je décide toutefois de résister et de plutôt compresser ma Thunderbird ®, qui me l’a proposé si gentiment. Ma conscience professionnelle rassurée, je fais l’inventaire de mon tiroir de bureau. Limes, vapo, déo, lipstick, Vania, petit miroir de poche, 2 gerblés® choco-noisette, trombone esseulé et demi-demi-barette d’agrafes. Tout y est. Aucun kleptomane recensé à mon étage. La Mine™ peut dormir tranquille

10h01 M – que Dieu le bénisse – surgit son Samsung ® à la main

Lui – T’as vu, y a un avion qui s’est écrasé à Barcelonnette

Moi – WTF ?!!! Loulou est en espagne !!! où ça en Catalogne ?  Quel vol ?

Lui – C’est pas en Espagne, c’est dans les Alpes de Haute-Provence

(de toute évidence, M a à la fois les alertes news et la géolocalisation sur son Samsung ®)

Moi – Han ! ouf !

Sur ce – mon mec sain et sauf et sans doute en train de tester le Gin Tonic du Villa Magna histoire de peaufiner son classement des meilleurs G&T de la péninsule ibérique – ma chef déboule dans le bureau – cette putain de clim me fout la chair de poule, à moins que ce soit les 150 morts de l’A320

La Chef – Vous z’avez entendu, y a eu un crash d’avion à Barcelonnette

(putain, tout d’un coup tout le monde est fichu de localiser ce foutu bled… et infichu de syntaxer correctement en situation de crise)

10h22 Comme je suis la seule à avoir un smartphone digne de ce nom (non fourni par l’Etat™ donc) et à pouvoir me connecter dans notre Palais des Glaces bunkerisé niveau connectivité, je suis chargée du suivi info Alerte à Barcelonnette. Cela va bien nous tenir jusqu’à la cantoche cette affaire-là

(pourquoi personne ne songera à consulter les alertes news sur nos ordinateurs 17 pouces reste un mystère pour moi, encore à ce jour)

12h58 Je continue à actualiser mon fil d’info entre le Bar à Salades et les Plats Chauds, j’attrappe une terrine boulettes de lentille corail – blé du plus bel effet (et me félicite d’avoir répondu à l’enquête restauration il y a quelques mois de cela. Je dois être la seule à l’avoir fait, tellement la Restauration Collective™ et moi-même on est culino-compatibles). M regarde le poisson d’un oeil vengeur (un Merlu blafard) et opte pour les restes de Kefta à la libanaise. On est toujours lundi, alors je m’inquiète un instant pour l’intégrité physique de M, rapport à l’horodatage des restes, mais je décide qu’un garçon si brillant ne peut décemment pas mourir d’une intoxication alimentaire à 28 ans et règle, rassurée, mon plateau (6, 51 euros)

13h12 (la caissière est surbookée, mes boulettes ont refroidies) J’avise une place libre à côté de L du service juridique. J’aime bien L., qui rit lui aussi (intelligemment) à mes blagues et je ris aux siennes en retour (c’est dire comme je me suis ennuyée sec à la cantoche durant tout ce foutu ramadan). Nous devisons gaiement sur les joies du contentieux administratif (oui enfin pas vraiment) alors que Grand Manitou Junior me salue ses Aviator miroir encore posées sur son nez aquilin. Je me dis que vraiment c’est de mauvais goût avec un costard et lui décerne mentalement un mauvais point, avant de retourner à mes boulettes

13h56 Je laisse L et un petit mot (Des yaourts au lait de brebis SVP !) suivi d’un smiley sur le cahier de doléances (le lait de vache me ferait faire de la rétention d’eau à en croire mon acupunctrice), la palme revenant en ce mois caniculaire à la requête enthousiaste A quand des parasols dans le patio ! maintes fois plébiscitée 

13h58 Je réussis à convaincre M que mais si on a encore le temps de prendre un café avant notre réunion de 14h, alleeeez, ça laissera le temps au videoprojecteur de chauffer

14h28 Je pique du nez dans l’édition papier (sic) du powerpoint présenté par quelque adepte stakhanoviste du graphique à camembert en regrettant que rien que pour des péchés tels que celui-là, la peine capitale n’ait plus cours dans notre cher pays

14h52 Je regarde M qui regarde son smartphone en lui glissant un Alors on en est où en catalogne ? complice qui nous fait pouffer, pouffements aussitôt masqués par un léger toussotement de M, décidément trop intelligent

14h54 J’ai envie de faire pipi

15h26 Je me demande combien de temps je peux tenir en apnée-réunion et demande à M de me chronométrer 

15h27 Mon temps mériterait d’être amélioré, je décide de retenter lors du prochain meeting lémurien 

15h28 M me propose une barre de céréales pour me requinquer (ou me consoler peut-être)

15h29 L’emballage de ma barre fait du bruit comme si on était au cinéma. M retoussote spontanément sans que j’ai à lui demander ; je note mentalement de lui attribuer une prime

16h57 Je retrouve avec bonheur mon igloo immaculé (je l’ai customisé par quelques touches de couleurs vitaminées, telle une Damidot surexcitée lâchée chez Office Dépôt), mes 2 gerblés® choco-noisette esseulés dans leur tiroir me font de l’oeil, je choisis de les préserver pour ma compet’ de demain 

17h03 Je m’attaque le coeur léger à l’Everest de parapheurs trônant majestueusement sur mon bureau

17h04 Je constate que la moyenne de remplissage desdits parapheurs est de 2,8 feuilles par parapheur, ce qui est plutôt remarquable pour un taux de fécondité dans un pays occidental mais totalement inacceptable en organisation administrative. Je décide de détester au moins la moitié de l’effectif de mon département (sauf M cela va sans dire), et de trucider le lendemain dès potron-minet les 31,5 personnes que cela représente. Je plains un instant le 0,5 qui va devoir vivre sans sa chère moitié mais me réjouis de rejoindre par la même occasion le palmarès des tueurs en masse les plus burnés

17h38 M, en bon représentant de la génération Y, estime que, cadre ou pas cadre, il est largement temps de rentrer chez soi et vient me faire un dernier coucou

17h39 Je lui propose affectueusement un gerblé® qu’il décline

17h40 J’ai laissé quelques miettes choco-noisette sur des voies et délais de recours, je récite dans ma tête trois Sainte Charte Marianne, pleine de grâces, priez pour moi pauvre pécheresse en guise de pénitence 

17h43 Je décide que la journée a été suffissament chargée en émotions pour recharger mon Compte Epargne Temps pour les six prochains mois 

17h44 Ma queue de cheval et moi reprenons notre monture non sans avoir au passage salué V et ses dents

17h47 J’attends patiemment au passage à niveau que le TER de 17h48 veuille bien libérer les voies. 

NDLA : Merci à Elle pour l’inspiration (sic)

Echo India (Charlie Uniform Whiskey)

C’est une toute petite île ravitaillée, les jours où le temps est clément, par deux ferrys quotidiens et quelques coucous à l’allure exotique, que l’on imagine volontiers virevoltants sous d’autres latitudes, un décor propret tout droit sorti de Murder she wrote ou de quelque thriller à l’ambiance pluvieuse et insulaire. Voire consanguine. Plus si affinités.

Les hommes y sont massifs et taiseux, les femmes grenouilles de bénitiers et pipelettes, comme le veut la tradition. La théorie du genre a encore de beaux restes sur le Caillou. Chacune rêve de voir un jour un de ses fils ordonné prêtre, comme l’on rêvait au début d’un autre siècle en France son fils instituteur. Laïcité là-bas, religiosité ici.

On combat le ciel mauvais et les températures subpolaires à coups de cups of tea, on conjure la brume omniprésente par des allégeances répétées au Dieu Houblon si l’on est un homme (ou votre servitrice) ou de scones tendrement chauds accompagnés de crème si l’on est une femme (ou votre servitrice aussi, qui bouffe définitivement à tous les râteliers).

La langue et l’accent sont rudes comme les mains des pêcheurs, comme la laine des pulls qui ont fait la réputation de ladite île, comme la lande où rien ne pousse la faute aux vents perpétuels, l’île sans arbre, patrie des rochers à l’infini, terre condamnée à la stérilité, mythe de Sisyphe éternellement recommencé du randonneur chevronné, escalader-escalader à perpétuité, roche et cailloux en lieu et place du fameux rocher.

On y croise la journée des touristes cyclistes d’un jour, tenues bariolées, pédale annuelle peu assurée, au péril de leur vie à chaque virage sans visibilité (un standard routier dans ces contrées), ça parle (principalement) français – profil-type : professeurs en goguette en quête de vacances raisonnées loin de la masse sur la plage agglutinée – espagnol ou italien, ça randonne sur les falaises, ça bedandbreakfaste chez l’autochtone, heureux de ces hôtes fidèles, sains et frais dont on sait déjà qu’ils ne rentreront pas du pub éméchés, contrairement au local de l’étape venu célébrer quelque mariage-pluvieux-mariage-heureux.

Et le soir tout redevient calme, les bateaux ont quitté le port, les avions le micro-aéroport, rembarquant avec eux sacs à dos et chaussures de rando crottées, coupe-vents détrempés, caméras pleines de clichés, souvenirs en devenir du voyageur satisfait.
Les gens s’interpellent au petit Spar du port, seul îlot de ravitaillement / réconfort / distraction, se plaignant pour la énième fois du temps so depressing isn’t it ?, il n’a pourtant guère changé de ce que j’en sais depuis l’été dernier ou celui d’avant ou tous les précédents. Les saisons sont ici une notion toute relative, Novembre et Mai se disputant une seule et même journée.

Ils regardent passer, été après été, « La Française », dont la belle-mère a un jour fièrement déclaré qu’elle avait été gratifiée d’une palme d’or* (sic) là-bas dans son pays de fromages et de vins, se demandent quelle mouche a bien pu piquer La Décorée pour parcourir ainsi à pied chaque jour que Dieu fait (sic sic) leur aride Rocher en long en large et en travers qu’importe le temps et les degrés, flirtant avec les falaises et les geysers, déjouant les terriers, Alice des près, pèlerine sans patron si ce n’est la Nature, les Éléments et l’Horizon.

D’autres la croiseront peut-être un peu plus tard dans son pub préféré, chez T Joe Watty’s, devant une Harp ou une Smithwick’s, grappillant entre deux Taytos quelques bribes de free Wifi, îlot d’une connectivité retrouvée.

La nuit plus que tombée, elle finira par remonter vers son petit cottage blanc et cosy, l’odeur de la tourbe et la lune triomphante sur la baie pour seuls guides, elle s’endormira en écoutant le vent dans les fuschias, les déferlantes sur Frenchman Bay, sa bande de terre perdue en Atlantique, dernier arrêt avant les Amériques, enfin rendue au silence mer de tranquillité.

NDLA : l’exigence de réalité de l’auto-fiction m’oblige à préciser ici qu’il s’agissait de palmes certes mais plus académiques que cinématographiques (on a les victoires que l’on mérite).
Toutefois afin de sauvegarder le rayonnement culturel de la France, je laisserai planer – sur ma lande d’adoption – le doute quant à la qualification exacte de ma décoration.