Une journée avec… 

   

6h30 Le réveil sonne. Je me prépare toute seule mon double lungo, le premier. Ma Citiz® fait du bruit, j’essaie de ne pas réveiller mon boyfriend qui dort encore, lui.

7h30 Après 1 heure de yoga / relaxation /  zonage sur le web (actu / wordpress / instagram / sites dédiés au Dieu Consommation) / double lungo (la suite), j’envisage de commencer à me préparer pour le travail

8h35 J’enfourche mon vélo (je ne prends jamais la voiture en ville. Ni sur les routes, chemins ou autoroutes  d’ailleurs. Je ne fréquente que les parkings. Ou les déserts). La roue arrière est à intervalles réguliers voilée / dégonflée / crévée (comme sa propriétaire). J’attends patiemment au passage à niveau que le TER de 8h38 veuille bien libérer les voies. La SNCF fait chuter ma moyenne. Du coup, je  déteste la société nationale pendant 1 minute 30.

8h42 J’arrive à La Mine™, fraîche et la queue de cheval sautillante. Je défais ma queue de cheval (je n’ai plus 12 ans quoi) entre le garage à vélos et mon bureau (2 étages, 24 marches). Il est climatisé, ce dont je me félicite (je n’y suis pourtant pour rien)

8h44 Je croise V du service Santé, il me sourit avec beaucoup de dents, comme tous les jours depuis que j’ai failli le renverser avec mon vélo, évènement qualifié de « belle rencontre » par ma victime. Je prends une note mentale « les hommes sont dingues »

8h50 J’envisage de remettre à niveau mon taux de caféine, dangereusement bas. J’attrape une dosette Brazil, ma tasse, direction l’Espace de Convivialité et sa Senseo®. L’EDC c’est un peu mon QG. Je suis une habituée, tout le monde me connaît ici.

8h52 La clim est trop forte dans l’EDC et l’ambiance bocal renforce l’inconfort sonore, surajoutant aux conversations sans saveurs d’un lendemain de week-end (on est lundi souvent à La Mine™ ). Je quitte l’EDC (mais on se retrouvera)

9h15 M passe me voir dans mon bureau climatisé. J’aime bien M, il est intelligent (très) et rit à mes blagues. On se jette des regards et des sourires en coin en réunion quand un intervenant abuse de locutions latines obscures ou quand D explose toutes les statistiques relatives aux tics de langage. Après on débriefe dans mon bureau (la clim à fond, ça couvre nos chuchotements, D n’est peut être pas loin)

9h36 D passe la tête par l’entrebaîllement de la porte de mon bureau. Elle a son coupe-vent préféré (été-automne-hiver-printemps) . Elle veut me voir une minute, mais comme ses minutes à elle sont l’équivalent de la perpétuité, les promenades en moins, la torture en plus, je lui réponds que là je peux pas, j’ai dentiste, sans doute pour le 256ème fois de l’année. Ce qui me place au top du hit-parade de la patientèle imaginaire du non moins virtuel Dr T. Du coup, je suis obligée d’attraper l’air afféré mon sac, un stylo (pour le chèque, hé hé je suis maligne moi) et ma tasse de café (qui n’a à cet instant-là même pas la décence de ressembler à un mug de voyage, ce qui me donnerait un semblant de contenance pour gérer cette excuse avariée). La tasse à la main, je procède à un tour du pâté de bureaux, histoire de semer D la rabâcheuse. Je fais un arrêt dans le bureau de M pour temporiser (sa clim est en panne). Je compatis un instant puis le laisse à son triste sort parce que fenêtre ouverte, son bureau sent le poisson (il donne sur les cuisines de notre Restauration Collective™ ), bien qu’on soit toujours lundi

9h58 Il est temps que je consulte mes mails

9h59 Je résiste à la tentation de consulter mon site d’info préféré (il se reconnaîtra <3), il s’est peut être passé quelque chose d’intéressant quelque part dans le monde. Audience captive de milieu de matinée, Je décide toutefois de résister et de plutôt compresser ma Thunderbird ®, qui me l’a proposé si gentiment. Ma conscience professionnelle rassurée, je fais l’inventaire de mon tiroir de bureau. Limes, vapo, déo, lipstick, Vania, petit miroir de poche, 2 gerblés® choco-noisette, trombone esseulé et demi-demi-barette d’agrafes. Tout y est. Aucun kleptomane recensé à mon étage. La Mine™ peut dormir tranquille

10h01 M – que Dieu le bénisse – surgit son Samsung ® à la main

Lui – T’as vu, y a un avion qui s’est écrasé à Barcelonnette

Moi – WTF ?!!! Loulou est en espagne !!! où ça en Catalogne ?  Quel vol ?

Lui – C’est pas en Espagne, c’est dans les Alpes de Haute-Provence

(de toute évidence, M a à la fois les alertes news et la géolocalisation sur son Samsung ®)

Moi – Han ! ouf !

Sur ce – mon mec sain et sauf et sans doute en train de tester le Gin Tonic du Villa Magna histoire de peaufiner son classement des meilleurs G&T de la péninsule ibérique – ma chef déboule dans le bureau – cette putain de clim me fout la chair de poule, à moins que ce soit les 150 morts de l’A320

La Chef – Vous z’avez entendu, y a eu un crash d’avion à Barcelonnette

(putain, tout d’un coup tout le monde est fichu de localiser ce foutu bled… et infichu de syntaxer correctement en situation de crise)

10h22 Comme je suis la seule à avoir un smartphone digne de ce nom (non fourni par l’Etat™ donc) et à pouvoir me connecter dans notre Palais des Glaces bunkerisé niveau connectivité, je suis chargée du suivi info Alerte à Barcelonnette. Cela va bien nous tenir jusqu’à la cantoche cette affaire-là

(pourquoi personne ne songera à consulter les alertes news sur nos ordinateurs 17 pouces reste un mystère pour moi, encore à ce jour)

12h58 Je continue à actualiser mon fil d’info entre le Bar à Salades et les Plats Chauds, j’attrappe une terrine boulettes de lentille corail – blé du plus bel effet (et me félicite d’avoir répondu à l’enquête restauration il y a quelques mois de cela. Je dois être la seule à l’avoir fait, tellement la Restauration Collective™ et moi-même on est culino-compatibles). M regarde le poisson d’un oeil vengeur (un Merlu blafard) et opte pour les restes de Kefta à la libanaise. On est toujours lundi, alors je m’inquiète un instant pour l’intégrité physique de M, rapport à l’horodatage des restes, mais je décide qu’un garçon si brillant ne peut décemment pas mourir d’une intoxication alimentaire à 28 ans et règle, rassurée, mon plateau (6, 51 euros)

13h12 (la caissière est surbookée, mes boulettes ont refroidies) J’avise une place libre à côté de L du service juridique. J’aime bien L., qui rit lui aussi (intelligemment) à mes blagues et je ris aux siennes en retour (c’est dire comme je me suis ennuyée sec à la cantoche durant tout ce foutu ramadan). Nous devisons gaiement sur les joies du contentieux administratif (oui enfin pas vraiment) alors que Grand Manitou Junior me salue ses Aviator miroir encore posées sur son nez aquilin. Je me dis que vraiment c’est de mauvais goût avec un costard et lui décerne mentalement un mauvais point, avant de retourner à mes boulettes

13h56 Je laisse L et un petit mot (Des yaourts au lait de brebis SVP !) suivi d’un smiley sur le cahier de doléances (le lait de vache me ferait faire de la rétention d’eau à en croire mon acupunctrice), la palme revenant en ce mois caniculaire à la requête enthousiaste A quand des parasols dans le patio ! maintes fois plébiscitée 

13h58 Je réussis à convaincre M que mais si on a encore le temps de prendre un café avant notre réunion de 14h, alleeeez, ça laissera le temps au videoprojecteur de chauffer

14h28 Je pique du nez dans l’édition papier (sic) du powerpoint présenté par quelque adepte stakhanoviste du graphique à camembert en regrettant que rien que pour des péchés tels que celui-là, la peine capitale n’ait plus cours dans notre cher pays

14h52 Je regarde M qui regarde son smartphone en lui glissant un Alors on en est où en catalogne ? complice qui nous fait pouffer, pouffements aussitôt masqués par un léger toussotement de M, décidément trop intelligent

14h54 J’ai envie de faire pipi

15h26 Je me demande combien de temps je peux tenir en apnée-réunion et demande à M de me chronométrer 

15h27 Mon temps mériterait d’être amélioré, je décide de retenter lors du prochain meeting lémurien 

15h28 M me propose une barre de céréales pour me requinquer (ou me consoler peut-être)

15h29 L’emballage de ma barre fait du bruit comme si on était au cinéma. M retoussote spontanément sans que j’ai à lui demander ; je note mentalement de lui attribuer une prime

16h57 Je retrouve avec bonheur mon igloo immaculé (je l’ai customisé par quelques touches de couleurs vitaminées, telle une Damidot surexcitée lâchée chez Office Dépôt), mes 2 gerblés® choco-noisette esseulés dans leur tiroir me font de l’oeil, je choisis de les préserver pour ma compet’ de demain 

17h03 Je m’attaque le coeur léger à l’Everest de parapheurs trônant majestueusement sur mon bureau

17h04 Je constate que la moyenne de remplissage desdits parapheurs est de 2,8 feuilles par parapheur, ce qui est plutôt remarquable pour un taux de fécondité dans un pays occidental mais totalement inacceptable en organisation administrative. Je décide de détester au moins la moitié de l’effectif de mon département (sauf M cela va sans dire), et de trucider le lendemain dès potron-minet les 31,5 personnes que cela représente. Je plains un instant le 0,5 qui va devoir vivre sans sa chère moitié mais me réjouis de rejoindre par la même occasion le palmarès des tueurs en masse les plus burnés

17h38 M, en bon représentant de la génération Y, estime que, cadre ou pas cadre, il est largement temps de rentrer chez soi et vient me faire un dernier coucou

17h39 Je lui propose affectueusement un gerblé® qu’il décline

17h40 J’ai laissé quelques miettes choco-noisette sur des voies et délais de recours, je récite dans ma tête trois Sainte Charte Marianne, pleine de grâces, priez pour moi pauvre pécheresse en guise de pénitence 

17h43 Je décide que la journée a été suffissament chargée en émotions pour recharger mon Compte Epargne Temps pour les six prochains mois 

17h44 Ma queue de cheval et moi reprenons notre monture non sans avoir au passage salué V et ses dents

17h47 J’attends patiemment au passage à niveau que le TER de 17h48 veuille bien libérer les voies. 

NDLA : Merci à Elle pour l’inspiration (sic)

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11 réflexions sur “Une journée avec… 

  1. Trop chouette de passer une journée avec toi 🙂
    Ça me rappelle une ancienne mine que j’ai fréquentée longtemps (généralement avec plaisir d’ailleurs), et qui me manque parfois
    Gros bisous ma belle

    Aimé par 2 people

    1. Non mais toi j’aimerais trop t’avoir comme collègue de Mine 🙂 (tu m’apprendrais le tchèque dans l’Espace de Convivialité 😉 ) La Mine c’est aussi la socialisation alors je comprends que cela puisse manquer…
      Et toi, ça va ? Le déménagement ? Boston (des photos de la maison au bord du lac !) ? 🙂
      Je t’embrasse fort et… tu nous manques déjà 😦

      Aimé par 1 personne

      1. Coucou, je me doutais bien qu’en laissant un commentaire je me ferais rappeler à l’ordre pour les photos… 😉 😉 je vous les envoie avec quelques news très bientôt!
        Et puis – vous aussi vous me manquez les filles… c’est un peu triste de boire du thé toute seule 😦

        Aimé par 2 people

  2. Comme dit Kaymet, c’est sympa de te suivre sur une journée, très bonne idée !!!
    Quand je vois certaines de vos mines, je me dis que j’ai bien de la chance de travailler avec des enfants ! Bon, on travaille aussi un peu avec les collègues et c’est pas triste parfois ;-). Grosses bises

    Aimé par 1 personne

    1. Disons que j’ai forcé le trait, je travaille quand même un tout petit plus que ça 🙂 C’est plus une caricature, amplifiée par la mise bout à bout de petits évènements insignifiants expérimentés à la Mine. Et des fois je me dis aussi que j’aimerais bien travailler avec des pitchous (et puis je me dis que quand même je suis tranquille dans mon igloo immaculé 🙂 ) Des bises.

      Aimé par 1 personne

  3. J’ai découvert grâce à toi la « Charte Marianne ». Ce goût de nos gouvernants pour les chartes me dépassera toujours. Il y a dû y avoir un module « charte » à l’ENA, pour apprendre à bien piloter les mines…

    Aimé par 1 personne

    1. Ah ben j’ai rempli mon rôle de servitrice de l’Etat alors 🙂 (Et encore tu n’as pas vu la tête de la meuf choisie pour illustrer ladite Charte… Plus mièvre tu meurs). Bon, en vrai, il existe pire environnement de travail que le mien. L’idée c’était plutôt de parodier les fameuses « Une journée avec… » avec un truc super plat et inintéressant. Genre le quotidien quoi 🙂 J’espère que vous profitez bien de votre break et que vous vous refaites les plumes tranquilles au vert… Des bises les canards.

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