Echo India (Charlie Uniform Whiskey)

C’est une toute petite île ravitaillée, les jours où le temps est clément, par deux ferrys quotidiens et quelques coucous à l’allure exotique, que l’on imagine volontiers virevoltants sous d’autres latitudes, un décor propret tout droit sorti de Murder she wrote ou de quelque thriller à l’ambiance pluvieuse et insulaire. Voire consanguine. Plus si affinités.

Les hommes y sont massifs et taiseux, les femmes grenouilles de bénitiers et pipelettes, comme le veut la tradition. La théorie du genre a encore de beaux restes sur le Caillou. Chacune rêve de voir un jour un de ses fils ordonné prêtre, comme l’on rêvait au début d’un autre siècle en France son fils instituteur. Laïcité là-bas, religiosité ici.

On combat le ciel mauvais et les températures subpolaires à coups de cups of tea, on conjure la brume omniprésente par des allégeances répétées au Dieu Houblon si l’on est un homme (ou votre servitrice) ou de scones tendrement chauds accompagnés de crème si l’on est une femme (ou votre servitrice aussi, qui bouffe définitivement à tous les râteliers).

La langue et l’accent sont rudes comme les mains des pêcheurs, comme la laine des pulls qui ont fait la réputation de ladite île, comme la lande où rien ne pousse la faute aux vents perpétuels, l’île sans arbre, patrie des rochers à l’infini, terre condamnée à la stérilité, mythe de Sisyphe éternellement recommencé du randonneur chevronné, escalader-escalader à perpétuité, roche et cailloux en lieu et place du fameux rocher.

On y croise la journée des touristes cyclistes d’un jour, tenues bariolées, pédale annuelle peu assurée, au péril de leur vie à chaque virage sans visibilité (un standard routier dans ces contrées), ça parle (principalement) français – profil-type : professeurs en goguette en quête de vacances raisonnées loin de la masse sur la plage agglutinée – espagnol ou italien, ça randonne sur les falaises, ça bedandbreakfaste chez l’autochtone, heureux de ces hôtes fidèles, sains et frais dont on sait déjà qu’ils ne rentreront pas du pub éméchés, contrairement au local de l’étape venu célébrer quelque mariage-pluvieux-mariage-heureux.

Et le soir tout redevient calme, les bateaux ont quitté le port, les avions le micro-aéroport, rembarquant avec eux sacs à dos et chaussures de rando crottées, coupe-vents détrempés, caméras pleines de clichés, souvenirs en devenir du voyageur satisfait.
Les gens s’interpellent au petit Spar du port, seul îlot de ravitaillement / réconfort / distraction, se plaignant pour la énième fois du temps so depressing isn’t it ?, il n’a pourtant guère changé de ce que j’en sais depuis l’été dernier ou celui d’avant ou tous les précédents. Les saisons sont ici une notion toute relative, Novembre et Mai se disputant une seule et même journée.

Ils regardent passer, été après été, « La Française », dont la belle-mère a un jour fièrement déclaré qu’elle avait été gratifiée d’une palme d’or* (sic) là-bas dans son pays de fromages et de vins, se demandent quelle mouche a bien pu piquer La Décorée pour parcourir ainsi à pied chaque jour que Dieu fait (sic sic) leur aride Rocher en long en large et en travers qu’importe le temps et les degrés, flirtant avec les falaises et les geysers, déjouant les terriers, Alice des près, pèlerine sans patron si ce n’est la Nature, les Éléments et l’Horizon.

D’autres la croiseront peut-être un peu plus tard dans son pub préféré, chez T Joe Watty’s, devant une Harp ou une Smithwick’s, grappillant entre deux Taytos quelques bribes de free Wifi, îlot d’une connectivité retrouvée.

La nuit plus que tombée, elle finira par remonter vers son petit cottage blanc et cosy, l’odeur de la tourbe et la lune triomphante sur la baie pour seuls guides, elle s’endormira en écoutant le vent dans les fuschias, les déferlantes sur Frenchman Bay, sa bande de terre perdue en Atlantique, dernier arrêt avant les Amériques, enfin rendue au silence mer de tranquillité.

NDLA : l’exigence de réalité de l’auto-fiction m’oblige à préciser ici qu’il s’agissait de palmes certes mais plus académiques que cinématographiques (on a les victoires que l’on mérite).
Toutefois afin de sauvegarder le rayonnement culturel de la France, je laisserai planer – sur ma lande d’adoption – le doute quant à la qualification exacte de ma décoration.

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