The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living

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J’attends qu’elle me rejoigne dans son cabinet. J’observe la déco standard vue mille fois chez ses congénères, faite de statuette en bois censée incarner la fertilité par leurs ventres rebondis, représentations multiformes de bambous pour la paix du cœur et de l’esprit (pour les tout est dans la tête immuno-déficientes) et coupes Hirstiennes d’utérus anonymes pour la caution scientifique des choses

Beautiful, Vaginal, Spiral,

Ses cheveux m’effraient d’emblée. Une sorcière blonde. Je n’ai pas peur des sorcières mais les blondes, il convient de s’en méfier. Tout le monde le sait. Si les rousses sont estampillées putes depuis l’Antiquité, les blondes sont malfaisantes à jamais.

« Alors ? Racontez-moi »

J’attaque sur l’angle technique. J’aime ça la technicité, c’est neutre et rassurant comme un théorème vérifié, pas de charge émotionnelle, du concret.

Mais Witchita a d’autres projets pour moi. Le racontez-moi aurait dû m’alerter, on est ici dans Le Conte, pas dans le constat des faits. Elle nous arrête très vite, moi, ma caution parisienne et mes formules policées (le Professeur Platinium m’adresse à vous), mes compte-rendus éclairés et images radiographiées

(t’as cru quoi, Petite Conne© ; que consulter dans le XVIème ça te referait une virginité ?)

Elle bouscule mon ordre des choses, ma présentation zen aux diapos colorées

« C’est comment avec votre mère ? »

Mon Etoile Thoracique se suspend un instant

« Nous allons vraiment parler de ça ?… »

Mother and Child Divided

Sa chevelure hirsute acquiesce, à mon cœur défendant

Appliquée et obéissante, j’évoque dans un souffle le Fantôme de Ses pas, les débuts avortés

The Void

(pourquoi tu lui réponds d’abord Petite Conne©, y a marqué « Gynéco » sur sa plaque, pas « Divan »)

Je regarde mes petits papiers éparpillés sur son bureau pour me rassurer

Elle s’en fiche, elle entre d’une main mes coordonnées vitales sur son clavier et de l’autre saisit la banderille qui harponnera mon âme de chienne perdue sans collier

« Et le deuil de votre génotype, vous l’avez fait ? »

Mon compteur interne affiche 5 ans, dans le rétroviseur de ma DeLorean™ mes cheveux prennent de nouveau la forme de macarons, mon sous-pull en polyester commence à gratter

A Thousand Years

J’ai 5 ans, un surnom de gâteau et mes lèvres forment un Oui, timide et complexé

(putain, c’est toujours pareil avec toi, Petite Conne© ! Toujours là, à te laisser impressionner parce que ça a un bureau et un peu d’autorité. Tu fais chier)

Je scanne la pièce, gauche-droite, gauche-droite, bambous-ventres, bambous-ventres, mes embryons de larmes vont sûrement tarir et ma lèvre inférieure se ressaisir

« Oui, ben cherchez pas. Vous n’avez jamais voulu devenir mère. Et vous ne le voulez toujours pas. Inutile d’insister. »

When Logic Dies

La fille au nom de gâteau appuie sur la pédale de l’accélérateur de la DMC-12

(il était temps d’engager le V6, Petite Conne©, je commençais à m’emmerder. Elle est passée où la petite fille du boxeur ? Rentre-lui dans le lard à cette pythie de mes deux, fais-lui bouffer son serpent monstrueux)

La fille-gâteau relève le front, le menton et ses macarons (dont une mèche stupide tente de s’échapper, contestant le fragile équilibre du tout bien ordonné)

« Nous parlons depuis à peine dix minutes et vous arrivez déjà à cette conclusion ? Un peu hâtif non ? »

Some Comfort Gained From the Acceptance of the Inherent Lies in Everything

« Oh, vous savez, je pratique la psychanalyse lacanienne depuis 30 ans, alors… »

(yo meuf, t’as dû rater 1 ou 2 modules niveau psychologie non ? Quant aux préliminaires, t’y vas à sec. Mollo quand même, hein, tu vas nous la traumatiser Petite Conne©, tu la connais pas, ses chakras vont être non-alignés pour les 6 prochains mois là)

La fille-gâteau rejoint sa zone de confort, vitesse de croisière, le coude par la fenêtre, elle admire le paysage Terre Brûlée

« Et pour le protocole Platinium ? »

Norcodeine, Calcium Gluconate Injection, Methylenedioxyamphetamine

Virage en épingle sournois de Witchita

« Hors de question que je vous marque tout ça. Pourquoi vous maltraitez votre corps d’abord ? »

La fille-gâteau grimace (y a un cliquetis chelou dans le moteur)

« ça va être compliqué »

Witchita pense elle aussi que « ça va être compliqué » mais de toute évidence elles ne parlent pas du même compliqué

La sortie 13 est annoncée, la fille-gâteau amorce son cligno

« Vous me tenez au courant ? »

La fille-gâteau abandonne son reflet dans le rétro

Elle tourne le bouton de la radio Craig, appuie sur Loud

Hold tight, sing and shout, Just ride my round-about

Devant, la ligne de fuite est belle et l’horizon clair.

 

 

¹Professeur Platinium : la Crème de la Crème de l’Est Parisien – La Silencieuse™ / Disciple TOA (Team Originale Amandine)

Crédits Inspiration
Damien Hirst – pour les titres en italique
Klo Pelgag, The Rodeo, Judd Apatow – pour les poussières de formules magiques volées

Blanche et muette (habillée des pensées que tu me prêtes)

dolores-del-rio

Si j’étais un objet,
Un éventail, Cadiz, Andalousie
Une fraîcheur de crépuscule
Te vient à chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
L’horizon délicatement. 
(L'éventail, Mallarmé)

Si j’étais une couleur, je serais 
Johnny Cash
Barbara
Juliette Greco

Si j’étais un pays, 
Je ressemblerai à la Louisiane, À l'Italie
Le temps durerait longtemps
Et la vie sûrement
Plus d'un million d'années
Et toujours en été

Si j’étais un son, 
j'aurais 5 ans, ma tête posée sur la poitrine de mon père, ta voix se ferait caverne, cocon, amiotique

Si j’étais une odeur, 
Ton odeur sur l’oreiller, l’intimité, familière, celle de ta nuque, la naissance de tes cheveux
Ta présence dans l’absence

Si j’étais un aliment, 
Une orange sur la table
Ta robe sur le tapis
Et toi dans mon lit
Doux présent de la présent
Fraîcheur de la nuit
Chaleur de ma vie 
(Alicante, Prévert)

Si j’étais une saison, 
Une presque-nuit, un jardin, un treillis, la chaleur enfin apaisée, les grillons 
L'Eté.

Si j’étais un couple, 
Franz et Milena 
Guillaume et Lou, 
des mots et une passion, 
l'attente, la distance
le je, nos jeux
les stimuli
L’Epistolaire 

Si j’étais une fleur, 
Coquelicot, en robe vaporeuse couleur sang, esseulée parmi les blés, je me disperserai aux mille vents 
si tu tentais de m'attraper, refusant tout destin cocardier, loin des tranchées
Après l’Homme, après l’Homme,
Qui dira aux fleurs comment elles se nomment ? 
(Après l'Homme, Esther Granek)

Si j’étais un poème, 
Toute chose 
S'est animée de la possibilité de ta présence
De la possibilité que tu t'asseyes sur la peau de la chaise
Que tu passes les doigts sur le corps de la table
Que ta voix retentisse dans les veines de la chambre
(Probabilité, Roja Chamankar)

Si j’étais un proverbe, 
(je n'aime pas les proverbes)

Si j’étais un moment de la journée, 
Celui de si j'étais une saison

Si j’étais une date, 
Hier, aux contours effacés,
Je n'aurais d'avenir,
Ni éphéméride

Si j’étais un objectif 
Argentique

Si j’étais un souvenir d’enfance, je serais 
L'Absence

(en réponse à Kaymet <3)

Le titre est de Marcel Mariën

Théâtre d’opérations extérieures (Mururoa)

De jeunes couples vont et viennent dossiers à la main et sourires aux lèvres.

Ils sont forcément jeunes puisqu’ils demeurent dans Le Parcours

(eux)

Je reconnais les fiches de prescription,

La maladresse des garçons,

Des filles, leur détermination

Ici et là sur les lèvres des secrétaires je distingue les sonorités familières

J3, coelio, hystéro,

Comme des noms de destinations exotiques évocatrices de paradis lointains mais perceptibles,

îles-archipels aux barrières de promesses

Des dates sont proposées, des perspectives se dessinent,

Ils en suivent les contours d’un regard doux et sombre,

ourlé de probabilités

L’horizon pour un temps élargi dans leur champ de vision.

Je réalise alors, mes yeux-rosée, mon ventre-papillon, mes poumons-apnée,

(ne pas pleurer)

que tout cela me manque,

Moi aussi je veux être un nom sur leurs agendas papiers,

Avoir une heure et une date pour le lancement des possibilités,

Que l’on s’inquiète de l’épaisseur de ma muqueuse

De la qualité de ma matrice,

Etre de nouveau dans Le Fichier        

Sommée de pointer au labo du 2ème

Avec des bouts de moi dans des éprouvettes,

Et mon lot personnalisé d’étiquettes,

Même si je me perds toujours dans les couloirs,

Petit Poucet biotique,

Je veux être de celles à qui l’on souhaite bonne chance quand on me serre la main

Et plonger dans le regard franc du praticien,

Me lover avec confiance dans sa blouse blanche,

Collectionner les consultations,

Exploser le plafond autorisé

dépassements d’honoraires surfacturés,

Creuser à mains nues le trou béant de la Sécu,

Avaler tout cru les codes des actes non conventionnés,

Répéter à l’envi mon consentement éclairé,

Faire des feuilles de soins ma littérature du matin,

Des pds mon livre de chevet.

La salle d’attente mauve pour témoin,

Je déplore l’affection qui est mienne,

Affigeante banalité,

Pas d’enjeu de vie ou de mort,

Exit les tragédies Shakespeariennes

Je suis juste là.

Sur mon fauteuil lilas,

Je voudrais que l’on s’occupe de moi

Encore un peu, encore une fois.

L’hiver dure longtemps

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7 ou 8 tasses de thé trônent sur la table de la cuisine, à moitié commencées, d’autres ont été semées ci et là dans la petite maison, au gré de la journée. Le rebord de la fenêtre du salon, la table de nuit de la grande chambre désordonnée, le bureau, jouxtant l’ordinateur, une calculatrice et plusieurs carnets.

Dans le jardin d’hiver, typique de cette insularité, l’odeur des géraniums, trop forte, entête, étouffe et étourdît. Une moiteur non raccord avec le vent glacé juste de l’autre côté du verre triple épaisseur.

Programme de la journée : ranger le shed, ce réduit / abri de jardin refuge de tout et de rien, outils de jardinage rouillés par le sel et les embruns, pots de peinture depuis longtemps oubliés, un gros cylindre non identifié qui a certainement vocation à réchauffer le cottage battu par mille courants venus d’un autre continent.

Je la regarde trier des poches de supermarché, elles sont des dizaines, aux couleurs de diverses enseignes de la région et plus loin encore, incarnation plastifiée d’un cauchemar écologique et d’une pollution reine de longévité. Trois énormes sacs gisent entre elle et moi. Je l’interroge, impertinente, sur l’utilité de conserver tant de contenants pour quelqu’un qui doit s’astreindre à un approvisionnement modéré, conditionné par le ravitaillement par coucou interposé. Un avion à hélices évocateur d’autres latitudes, plus clémentes, plus luxuriantes, dans lequel tout est minutieusement pesé avant embarquement.

L’interêt de l’opération m’échappe. Je tais mon agacement coutumier des choses qui ne vont pas selon mon modus operandi. Difficile quand on a reçu la franchise à tout prix pour héritage génétique. A défaut de ressentir de la compassion pour cette femme dont les années ont émoussé l’efficacité et l’organisation. La morgue de mes 44 printemps (« you’re still a baby » se plaît-elle à me rappeler quand je me plains du temps passé, de l’ovale perdu de mon visage, de celle que je ne suis plus dans le miroir) face à ses 75 hivers.

Je ronge mon frein, résiste à l’envie de lui dire d’un ton sec et légèrement moqueur, que tout cela est inopérant et dénué de sens dans un monde où tout va trop vite, où tout est minutes et productivité, que dans la vraie vie, celle des actifs, celle où l’on est encore utile, où nos journées sont remplies de tâches à exécuter, de mails à compulser, de retroplannings et d’appels à retourner, de to-do lists, de rendez-vous pros et de dîners entre amis dans un agenda surchargé, on ne fait pas ces choses-là, mimétismes d’occupation, passe-temps montés de toutes pièces, égreneuses de minutes désincarnées.

Alors je reste plantée là, à mimer moi aussi l’utile, à donner du sens à cet inventaire, aux minutes et aux heures, à la nécessité de continuer de se lever et d’enchaîner les journées, les semaines et les mois. Je voudrais que mon cœur se serre, s’émeuve de ce constat mais il reste, comme tout autour de moi, dur et froid.

Plus tard, un chanteur italien oublié s’époumone dans le salon, doublé par un présentateur télé hurlant quelque nouvelle du monde qui continue pourtant à tourner, le niveau sonore dispute la première marche du podium à la température ambiante qui avoisine les 90 degrés farhenheit, rappelant sans doute à l’italien chantant sa Sicile natale par un après-midi d’été.

Come prima

Mais je refuse de renoncer à mon roman et livre combat contre les assauts sonores et calorifères venus de tous les fronts, je m’accroche à cette histoire d’orpheline aux cheveux noirs et au prénom odeur de steppe, peut-être parce qu’elle fait un peu mal, parce que des chemins se collisionnent parfois, que les désirs jumeaux font écho et parce que mal est toujours mieux que rien.

Souvent j’oubliais l’ennui, la sensation d’enfermement pour la fille du Sud, enfant des champs de tournesols, sœur des coquelicots, des après-midis fournaises, des fenêtres ouvertes la nuit sur le chant des grillons. Je ne retenais que le ciel immense, la bruyère, les falaises, la tranquillité et le silence merveilleux.

Ne retenir que le meilleur, le vent dans les cheveux, les vagues contre les rochers, l’ivresse d’une solitude volée quelques temps, seule avec les éléments, un univers créé rien que pour moi, terrain de jeu fabuleux, cratère d’émotions, geysers d’émerveillements, dépaysements tout-terrain.

Parfois le matin je m’affranchis de mes rôle et corvées, je deviens autre, anonyme personnage de fiction, et rejoins l’un des cafés du port, celui qui offre la meilleure vue, les entrées et sorties des ferrys, les arrivées de grappes de touristes, préparés et enthousiastes, les calèches, bus et vélos qui n’attendent qu’eux pour la journée.

 Je m’attable et savoure : mon café, l’activité d’une micropole, le paysage, les mouettes et les barques, le goût d’une certaine routine personnelle, elle aussi ancrée dans mon hérédité, le calme retrouvé, ma solitude

Mon espace de liberté

Je joue alors à l’écrivain, celui maintes fois croisé dans les pages imprimées, isolé sur cette île déplumée, comptant sur les éléments pour renouer avec une inspiration débridée, image d’Epinal fantasmée, mon Aurora à moi.

Je m’invente un temps une vie rêvée où le soleil l’emporte toujours sur les nuages, où mon café reste chaud et les murmures des passants joyeux.

Mais déjà les premières gouttes font leur apparition,

L’hiver dure longtemps, de ce côté ci de l’océan.

Crystal Blue (life and death of a tear)

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« Désolée, il fait un peu sombre, on attend l’électricien, cela fait 3 fois qu’on le relance… »

C’est un petit bout de femme aux yeux très clairs, elle a peut-être été jolie il y a longtemps. Là, en la regardant, perdue dans son local surdimensionné, on se dit que la vie n’a pas dû lui offrir que des pochettes-surprises douces et édulcorées

C’est un foutoir sans nom, dans lequel il fait effectivement trop sombre pour distinguer la pacotille de l’inutile, le sans-valeur du rebus, un sous-prolétariat du vide-grenier, les limbes de la brocante, un pandémonium de l’antiquité

Vente d’objets usagés 

Poupées dézinguées, flacons publicitaires dépareillés, abat-jour fanés, électroménager bafouant toute règle de sécurité, un camelot de la médiocrité

« Il faut juste qu’il nous change les starters sur les néons »

Elle ne cesse de parler la petite dame aux yeux délavés, trop heureuse de nous voir débouler, chalands venus de la grande ville, de toute évidence un peu plus privilégiés

« Là, je n’ai pas eu le temps de dépoussiérer, avec tous ces camions qui passent devant »

Elle ne voit pas que la poussière devrait être le cadet de ses soucis dans la longue liste des preuves à charge contre son fracas de vieilleries

« C’est sûr, il faut avoir le coup de coeur »

Certes, et ce n’est pas faute d’essayer, nous on voudrait lui faire plaisir à notre camelot aux yeux d’azur fané, alors on scrute dans son capharnaüm désenchanté tout ce qui pourrait sortir du lot, oh on n’en demande pas trop, l’affaire du jour n’est pas au programme de son attirail, mais juste un truc, même cassé, même pas dépoussiéré, même daté, justifiant qu’on lui laisse quelques euros, la maintenant dans l’illusion qu’ici se font des transactions, justifiant sur la devanture, en peinture écaillée, l’appelation Brocante

« 46 ans que je fais ce métier »

dans un accent Ménilmontant, géolocalisation sociale et géographique ; l’argumentaire bien que palatisé n’est pourtant pas très rôdé, mais c’est mieux comme ça, de toute façon, il n’est pas grand-chose à bonimenter dans cet impedimenta indiscipliné et puis son meilleur argument de vente à elle, sa carte-maîtresse, son As de coeur,  ça reste encore ses yeux couleur-passé, au bord desquels pend une petite larme perpétuelle, rattachée à sa vie d’avant, celle où elle était parisienne, celle où son fils était encore vivant, où il l’aidait avec son affaire de bric-à-brac au plus offrant

On réalise alors le temps suspendu qui plane au-dessus de sa pétaudière, figé dans un fourbi éternel, l’instant T d’une farce tragique, miroir vénitien de son chaos personnel, galerie des glaces d’une vie cabossée, que la crise n’est pas juste un titre de plus à nos JT

« S’il y en a qui en ont trop, les gens n’ont plus d’argent à dépenser »

Elle insiste pour que l’on passe dans « l’autre pièce, celle qui est rangée », sa crème de la crème à elle, dans son chez-elle, sa caverne d’Ali Baba, dernier va-tout désespéré, dont on sait déjà l’espérance vaine, on chemine dans son intimité, au propre comme au figuré, le petit évier, la cuisinière, solitude mâtinée de précarité

Elle nous présente Minette, squatteuse improvisée, ange gardien sur ses jours d’ombres

« Je ne voulais pourtant plus d’animaux, avec la Départementale, vous savez »

Elle nous raccompagne sagement, je fixe la Larme sur son oeil piscine, les deux élastiques qui scindent sa chevelure d’une raie juvénile

« Mais je ne voudrais pas vous assombrir avec mes histoires »

derniers mots crève-coeur, soleil couchant sur notre rencontre, nous la laissons là dans son hangar désaffecté, ses couettes adolescentes régnant sur les vestiges de milles passés.

En bord de route D6113.

 

 

Six métamorphoses

rose

rose - kris lewis

 

Je suis la Résignée,

La Condamnée

A la Géhenne perpétuité

Je me love dans mon tourment

M’emmitoufle dans mon châtiment

 

Je suis la Disciplinée

Amaurose autocentrée

J’obscurcis les possibilités

Le regard fixe sur mes pas

Ni trop loin, Ni trop droit

 

Je suis la Sacrifiée

La Fataliste

Et l’Eplorée

Martyre à mon propre endroit

Mater dolorosa

 

Je suis Pietà civile

Niobé docile

Campée sur mon calvaire

Ma souffrance est statuaire

Mon apostasie volontaire

 

Je suis la Suppliciée,

Victime tragique

de ma tiédeur

Tépidité

Autodafé

 

Je suis le Crève-coeur,

La punition

La compassion

Le sacrifice

Mon armistice.

 

Je suis

La Désertion.

 

Au titre : Benjamin Britten et Ovide

 

 

 

 

 

Fire in the sky

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J’ai 8 ans, 9 peut-être

Je te dis « Moi aussi je veux apprendre à jouer de la guitare » en tripotant la sangle de ta Strato Sunburst

T’es plutôt ok avec l’idée, transmettre ta furie électrique en plus de ta génétique

Mais tu me préviens, ça fait mal aux doigts et il faut s’y tenir, l’apprentissage est quotidien, la maîtrise de longue haleine

C’est pas ton futur pipeau de la 6èmeJ et c’est pas demain que tu deviens Bonnie Raitt

Moi la seule Bonnie que je connaisse, c’est celle de Clyde,
Et c’est déjà pas mal je trouve à 8 ans

On va commencer facile, ma fille,
Avec le riff de Smoke on the water

Fire in the sky

Ça je connais, j’ai déjà vu l’album dans la collec’ de Papa
Lettrage façon tôle emboutie, reflet déformé de 5 gus aux cheveux longs,

Médiator en main, plectre vengeur prêt à dégainer le riff salvateur,
je suis les doigts de Papa, qui préchauffent sa Les Paul Custom noire de jais

Clic clac, l’interrupteur du Saint Marshall passe sur On
Nos jacks sont branchés,
Le pied sur la pédale,
Prêt à envoyer l’effet
Faut de la disto, bébé

0 3 5
0 3 6 5
0 3 5 3 0

Le son est doux et familier, rugueux et vaporeux,
Il m’évoque l’encens et l’Orient comme dans la chambre de tonton, resté adolescent

4 notes, mélodie en G,
Passées à la postérité,
3e et 4e cordes
le sol et le ré

3e et 5e cases,
mes doigts font mal
6e, 5e, glissées
je fais comme Papa,
Nos têtes vont de haut en bas,
Comme des petits chiens sur une plage arrière

Le Charleston, l’orgue, la batterie, la basse ne sont plus loin,
Ils se dessinent déjà à l’horizon
Persistances sonores fantômatiques
Climax ectoplasmique

Géographie des bruits,
Paysages Lo-Fi
Papa et moi survolons Montreux,
nous sommes le lac
nous sommes Le Feu.

.

Fire in the Sky